La maladie

Je vous le dis comme je l'ai vécu avec mon père.

Tout d'abord, en 2016, la seule façon de confirmer le diagnostic d'Alzheimer était l'autopsie du cerveau. C'est pourquoi nous disons toujours 'Alzheimer et apparentés' car en fait nous n'en savons rien. Pas d'affolement, cela ne change rien au traitement.

Petite parenthèse :
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Je souhaiterais recadrer un trop grand pourcentage de personnes, et même de cinéastes et d'écrivains, qui s'imaginent qu'Alzheimer n'est qu'une perte de la mémoire et que le malade part doucement et sans souffrance. Un autre cliché qui m'exaspère aussi consiste à dire qu'un malade l'a un peu cherché parce qu'il n'a pas fait ce qu'il fallait pour éviter de 'perdre la tête'. C'est une maladie, comme le cancer. Ce sont très souvent les grands âges de 80 / 95 ans, non atteints, qui ont ce raisonnement et bien-sûr, eux, ont su faire pour ne pas la perdre, la tête, même si bien souvent ils la perdent malgré tout par la vieillesse, mais qui est d'une manière bien différente de la maladie.
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Les parents ne voient pas leurs enfants grandir, et adultes, les enfants ne voient pas leurs parents vieillir. Et encore moins, devenir malades. Un cerveau malade, quand il dysfonctionne, il ne va pas nous faire vomir, il ne va pas nous faire dire que nous avons mal ici ou là.
Pour les proches toute la difficulté est là, accepter que le malade ne sera plus jamais ce qu'il était, ce qu'il était n'est plus, il est modifié. Il ne sera plus lui-même 100% du temps. Nous nous accrochons à ce qu'il était, en râlant. Il fait ci ou ça, il oublie ci ou ça, nous sommes dans le reproche, et nous avons tort.

Au début de la maladie ils n'arrivent plus à se souvenir de ce qu'ils ont fait dans le dernier quart d'heure.
La maladie en s'aggravant ce sont les souvenirs plus lointains qui sont touchés. Mais la maladie est anarchique alors parfois ils ne se souviennent pas et parfois si. Comme si la connexion aux souvenirs était défaillante, et plus la maladie avance plus cette connexion est défaillante et remonte vers les souvenirs les plus anciens.
Le malade atteint commence par vous poser 3 fois la même question en ½ heure. Pas la peine de lui dire ou de lui démontrer que vous avez déjà répondu 3 fois, de l'humiliation qui ne sert à rien puisqu'il aura oublié dans la ½ heure qui suit. Néanmoins je suis consciente que notre ego en serait flatté si nous le faisions, or ego qu'il faut absolument oublier avec cette maladie.
Ces oublis ne peuvent être confondus avec les effets de la vieillesse car celle-ci oublie qu'il a déjà posé la question mais se rappellera de votre réponse quand vous la donnerez pour la 2ème fois. Ce n'est pas le cas avec la maladie, avec la maladie vous pouvez la donner 3 ou 4 fois dans la même ½ heure sans qu'il en ait le moindre souvenir.

Il a aussi des troubles de l'orientation, en voiture d’abord, puis plus tard à pied, puis en intérieur dans sa propre maison. Désorientation temporelle aussi : ne sait pas quel jour ni quelle année nous sommes. N'ont plus la notion du temps : c'était hier, il y a 6 mois ?

La personne se sent diminuée, elle sent son cerveau partir en lambeau, son ego en prend un coup. Le regard des autres aussi joue beaucoup...elle 'perd la tête', elle a 'fauté', elle a 'mal vieilli', elle en est responsable, etc..., réflexions qui ne seraient jamais dites avec un cancer. C'est une maladie encore considérée comme honteuse, genre sida dans les années 80.
Le malade sait qu'il ne peut plus faire certaines choses mais n'acceptera pas que d'autres fassent à sa place. Il veut donc faire, mais stresse, s'énerve, voyant qu'il n'y arrive plus. La peur, la colère s'installent. Il angoisse et fait une montagne d'un rien du tout, du moindre problème, il doit allez au delà de ses compétences. Il panique, perd ses moyens, ce qui empire son agitation. Dira qu'il peut tout à fait vivre seul, alors que ce n'est plus possible, et il le sait mais...peur de l'ehpad ou pas envie de se faire envahir par un étranger (aide à domicile) qui risque de bousculer ses habitudes, son intérieur (peur du vol aussi), et de lui faire perdre sa liberté, son intimité.

Ils peuvent aussi souvent vous parler d'argent, ils ont peur que nous leur volions, étant donné qu'ils ne comprennent plus et ne font pas confiance. Soupçonnent le vol d'objets disparus, en sont parfois persuadés, alors qu'ils les ont juste perdus ou déplacés.

Plus tard arrivent ce que nous appelons, les troubles du comportement, qui peuvent faire penser à de la 'folie', mais ils s'expliquent très souvent. Suivant le malade ces troubles peuvent aller de la 'folie' douce au 'fou' furieux, ce peut être terrible pour tous, le malade compris. Certains peuvent même devenir violents physiquement. Et impossible de savoir à l'avance de quelle nature seront ces troubles sur votre malade, chaque malade est différent.

Je vous parlerai sans tabou des troubles de mon père car cette omerta qui règne autour de la démence doit cesser, certains se refusent même d'utiliser le mot, démence. C'est une maladie, non une conséquence d'un comportement ou d'un caractère coupable.
Mon père avait peur des prises branchées, diodes allumées sur téléphone ou appareils ménagers représentaient pour lui un danger qui venait de l'extérieur, tout devait être débranché, sinon la maison allait 'prendre feu', 'exploser'. Il avait des tocs aussi, c'est de l'anxiété, descendait plusieurs fois par jour à la cave régler la chaudière, touchait sans arrêt aux thermostats de la maison. Faisait une fixation sur, ce que j'appelais, ses 'doudous' : portefeuille, mobile, lampe de poche. Ils le rassuraient mais parfois le rendaient fou aussi, ce n'était pas dommage quand il a pu s'en passer. Mon père était conscient de ce que la maladie lui faisait faire : en plein délire il s'était arrêté net et m'avait dit 'Je deviens fou'.

De ce que j'ai pu voir en ehpad ou à l'hôpital, les troubles les plus affreux sont ceux qui font hurler les malades alors qu'ils savent très bien s'exprimer avec des mots.

Tout ceci est de la souffrance, ils vivent dans la panique, l'angoisse, l'anxiété, la colère, la paranoïa, la peur voire dans la terreur, à en devenir fou donc, tant c'est dur à vivre.

Rien ne sert de les raisonner, il faut plutôt les rassurer, en permanence. Rien ne sert de s'opposer à eux, cela aura pour effet de les mettre en colère alors que le but est de les calmer.

Oubliez ce qu'était votre proche avant d'être malade, oubliez les rapports de force s'il y en avaient, vous devez vous soumettre, nous ne sommes plus dans le 'qui a raison qui a tort', nous sommes dans le 'comment le rassurer, comment l'apaiser'. Ne pas lui dire qu'il délire quand il raconte n'importe quoi, ou voit des choses qui n'existent pas. Ce qu'il voit ce qu'il dit il en est persuadé. Adaptez vos réponses s'il a des questions non réalistes, donnez lui une réponse qui ne vous oppose pas à lui mais qui non plus ne vous fasse pas entrer dans ses délires. Souvent mes réponses étaient 'Je ne sais pas', 'Je n'ai pas vu', 'Je n'ai pas entendu'. Essayer de passer à un autre sujet, de désamorcer s'il boucle, en douceur.
Le malade ne sait ce qu'il a fait dans la dernière ½ heure, mais il fera toujours confiance à sa mémoire quoique vous lui disiez, donc s'il vous demande, par exemple, un petit déjeuner qu'il vient de finir et qu'il a oublié d'avoir pris, donnez lui un 2ème. Un jour ça lui passera. Si vous lui refusez il ne comprendra pas qu'il n'ait pas le droit de prendre un petit déjeuner même si son bol est encore sur la table.

Il n'est pas la peine de lui demander 'As-tu bien mangé ce midi ?' ou 'As-tu bien dormi la nuit passée ?', car il ne sait pas et en est conscient, c'est donc lui remuer le couteau dans la plaie. Essayez de ne pas le questionner sur le passé, mieux vaut lui parler de l'instant présent ou de l'avenir.

Évitez tout litige, mettez votre fierté au panier, vous aurez de toutes façons toujours tort. Il est malade, ne l'oubliez JAMAIS, et je sais que ce n'est pas toujours simple de l'intégrer et de lâcher prise.

Arrive l’époque ou c'est le 'Non' qui domine quoique vous lui demandiez. Voici venue la 'Génération nan nan' -;). Patientez, revenez quelques minutes plus tard, ou qu'une autre personne demande, il finira par dire oui. Ne le forcez pas et encore moins avec brutalité, cela se passerait encore plus mal. Rassurez le, encore et toujours. Il peut aussi dire non car il n'a pas bien compris la question et avoir peur de ce qu'il va arriver, donc dans le doute il répondra non, pour ne pas prendre de risque, il optera pour le 'pas bouger', 'pas de changement', plus sécurisant. Un jour mon père ne voulait absolument pas sortir pour aller à un RDV, je ne m'en sortais pas. J'ai fini par lui dire 'Cela me ferait plaisir', il s'est levé d'un coup.

J'ai fini par vider doucement mais sûrement son placard de vêtements car il en faisait n'importe quoi, la nuit surtout. J'ai retrouvé des vêtements dans la cuvette des toilettes. Je l'ai vu habillé avec une polaire en guise de jupe et des gants polaire en guise de chaussettes, un des moments attendrissants de la maladie. J'ai dû aussi écarter la brosse à WC que j'ai retrouvée dans le lavabo. J'avais aussi dévisser la douchette pour visser à la place un bouchon, car de jour comme de nuit il pouvait, habillé, 'jouer' avec, robinet ouvert, sans vouloir prendre de douche pour autant. Les produits nocifs n'étaient plus à portée de main, pour ne pas prendre de risque. Je condamnais le frigo la nuit, il y a toujours un moyen de le faire, je laissais plutôt des en-cas et de la boisson sur la table avec une lumière allumée. La nuit ou quand je le laissais seul un moment le jour, je sécurisais le secteur (je contrôlais tout au tableau EDF), je désactivais les plaques électriques, volets électriques, four, machine à laver, etc...

Quand sa mémoire sera encore plus défaillante, s'il vit quelque chose d'angoissant (c'est arrivé maintes fois à l'ehpad), il ne sera pas capable de vous raconter l'évènement, les faits, mais gardera les (mauvaises) émotions, souvent une grande peur, qui dure. Nous pouvons donc en déduire que les occuper, leur faire faire quelque chose d'agréable pour eux, pourrait avoir un effet bénéfique même s'ils ne s'en souviennent pas 2 heures plus tard. Ne vous dites jamais 'Pourquoi m'embêter à lui faire ceci ou cela, l'amener ici ou là, puisque dans 2 heures il aura tout oublié'. Oui il aura oublié, mais il gardera le bonheur l'apaisement que cela lui a apporté. Idem pour les visites à l'ehpad, ½ heure après votre départ il aura oublié que vous êtes venu mais n'oubliera pas l'amour que vous lui avez donné, il ressentira moins l'abandon et s'en portera que mieux psychologiquement. J'ai été obligée de ne pas aller le voir pendant 10 jours, il dépérissait, plusieurs personnes du personnel m'ont dit 'Votre père ça va pas du tout, il est + prostré, de plus en plus absent'. Et quand je l'ai revu, à mon départ, il m'a dit furieusement, et pourtant cela faisait 9 mois qu'il était placé 'Et cette fois ne reste pas 15 jours sans venir me voir !!', ils sont parfois très surprenants. Faire TOUJOURS très attention à ce que nous disons devant eux, même quand nous les croyons absents ou plus capables de comprendre.

Un jour viendra où il aura oublié les décès de ses proches, pour mon père, sa femme et son frère. Ne recadrez pas en lui disant qu'ils sont décédés. Imaginez que vous viviez moult fois la peine d'apprendre qu'un proche est décédé. Mais ne rentrez pas non plus dans ses souvenirs qu'il croit d'actualité, essayez plutôt de changer délicatement de sujet s'il ne passe pas à autre chose de lui-même.

Ils sont surtout agités en fin d'après-midi, vers 16 / 17h. Le crépuscule du soir peut aussi les stresser, volets toujours fermés dès que la nuit tombe. Une veilleuse (petite lumière) dans sa chambre rassurait mon père la nuit.
Ils déambulent la nuit, et du coup ont tendance à inverser le jour et la nuit. Pourquoi marchent-ils la nuit ? :
- parce que la maladie leur a 'commandé' de se lever. 'Ce n'est pas moi', 'Quand on est à moitié fou on fait sans vouloir' disait mon père. Est-ce qu'un parkinsonien a décidé de trembler ?
- parce qu'ils ne savent pas pourquoi et vous répondront n'importe quoi si vous leur posez la question, pour ne pas perdre la face
- parce qu'ils cherchent les toilettes
- parce qu'ils sont stressés

Il faut savoir qu'un malade, de 80 à 95 ans, n'a pas pour ambition ou plaisir à marcher des heures de jour comme de nuit. La déambulation les épuise, mon père s'arrêtait quand ses jambes n'en pouvaient plus, il s'écroulait...en ehpad.
Si vous ne voulez pas qu'il inverse le jour et la nuit, rien de tel qu'un sécuridrap. Pour mon père c'était la solution, avec un traitement adapté le soir les premiers jours pour le calmer et l'aider à l'endormissement, et lui laisser le temps d'adopter son sécuridrap. Sa vie sera bien plus agréable, je suis pour le bien-être.

Bien après les troubles du comportement, ils finissent par ne plus trop savoir marcher. Mécaniquement ils pourraient mais c'est la connexion dans le cerveau qui se fait mal pour finir par ne plus se faire. Puis c'est la parole, ils ne feront plus des mots mais des bruits. Et sur la fin, idem pour la déglutition, ils ne s'alimentent donc plus. Je ne l'ai pas vécu avec mon père puisqu'il est décédé avant d'un cancer du pancréas, mais je l'ai vu.

Sachez que même s'il vous en fait voir de toutes les couleurs, tout sera oublié quand vous serez séparés, soit par son décès soit par son placement en ehpad si vous le placez. Ma tante qui a gardé son mari, atteint de la maladie, près d'elle jusqu'au bout le disait aussi. J'ai même regretté de ne pas lui avoir donné plus, de m'être trop souvent mal prise. Par contre, concernant l'ehpad, j'ai regretté de ne pas m'être battue plus, de ne pas m'être imposée plus. Tout ce qui caractérisait son ehpad restera fortement indigeste et le placer restera incontestablement une monumentale erreur.

Traitements

Les traitements ne sont là que pour améliorer le bien-être du malade, la maladie ne se soigne pas. Elle est anarchique et évolutive, il faut donc régulièrement ajuster le traitement.

La maladie peut commencer suite à une dépression, comme si un cerveau âgé 'endommagé' ne pouvait plus se reconstruire, et fragilisé, faciliterait le déclenchement de la maladie.

Le malade est souvent stressé angoissé car il n'arrive plus gérer comme avant, les papiers par exemple, les RDV, peur de se tromper d'oublier. Le cerveau est vite au taquet, il se noie dans un verre d'eau. Se voit perdre des compétences et est de plus en plus dépendant intellectuellement, ce qui mine son moral.
Le traitement commence donc généralement par un anxiolytique et par un antidépresseur, pour mon père seresta (évite aussi un syndrome de sevrage d'alcool (plus d'alcool avec les traitements), d'après le compte rendu d'un médecin) et paroxétine (puis dorexat, pour les tocs d'après ce même compte-rendu).

Ils ont pratiquement tous des patchs, l'éxelon (plusieurs doses existent mais il peut donner, au début, des nausées, donc les prendre en considération par traitement). Plus il est mis tôt, moins les troubles du comportement seront importants plus tard, dixit son Professeur Pascal C. Il disait aussi qu'il pouvait avoir un effet patch nicotine, bon pour les fumeurs donc, ce qu'était mon père. Je ne sais pas s'il a eu un effet positif sur les troubles du comportement de mon père, mais dans le doute j'étais pour.

Les troubles du comportement arrivent bien après. La difficulté est d'atténuer et gérer ces troubles qui peuvent être invivables pour l'entourage, mais aussi pour le malade qui est en grande souffrance psychologique. Quand ces troubles deviennent trop importants les neuroleptiques sont nécessaires. Les neuroleptiques peuvent avoir des effets indésirables à long terme, comme rendre une marche difficile, faire un effet Parkinson (trembler) sur les jambes ou fatiguer un cœur. Il faut donc trouver la bonne dose qu'il faut adapter régulièrement. De plus, il existe plusieurs neuroleptiques alors il faut trouver le bon. Le tiapridal, prescrit par un psychiatre que j'étais allée consulter, a eu pour effet de statufier mon père. Il était devenu si raide des jambes qu'il ne pouvait presque plus marcher, j'ai dû aller aux urgences. Elles n'ont pas poursuivi ce médicament, l'après-midi même il courrait comme un lapin. Puis il est allé 3 jours en gériatrie où ils lui ont prescrit de l'haldol. Arrêt de ce neuroleptique à son entrée dans l'unité fermée de l'hôpital, service cognitivo-comportementale, entrée faite à ma demande. Là il a bien été pris en charge par son Professeur Pascal C. qui est passé au rispéridone, l'haldol et le tiapridal sont à proscrire pour Alzheimer d'après ce service. Ce serait à refaire je testerais, à la maison, le cannabis (médical si possible) à la place des neuroleptiques.

Pour mettre en place un traitement la grande difficulté est de trouver un spécialiste qui connaisse bien la maladie, les différentes molécules et les interactions médicamenteuses. Je vous conseille un gériatre qui travaille dans un hôpital dans le service de gérontologie unité Alzheimer ou cognitivo-comportementale ou du genre (les noms varient suivant les hôpitaux mais unité fermée de toutes façons). Si vous pouvez essayer de lui éviter un séjour à l'hôpital dans ces unités fermées, ce n'est pas plus mal.

L'orthophoniste et le kiné : certainement utiles pour une personne qui vieillit, pour un malade je n'ai pas été convaincue. Par contre ce peut être une occupation agréable, tout dépend de son ressenti. J'ai dû finir par arrêter l'orthophoniste car mon père passait la journée du RDV dans un grand stress, peur du jugement peut-être.

Je n'ai pas été jusqu'au bout de la maladie puisque mon père est décédé avant. Je ne pourrai donc pas vous en dire plus.

Aides

Les prix annoncés sont ceux de l'année 2015.

Par ordre alphabétique : 3977, accueil de jour, aide à domicile, APA, calcul du GIR, maison des aidants, pédicure, psychologue, réduction d'impôt.

3977 (agir contre la maltraitance des personnes âgées)
Je ne connaissais pas ce numéro quand j'en aurais eu besoin. Il est là pour conseiller et orienter. Il vous orientera vers leurs partenaires qui eux peuvent agir. Il existe aussi l'ARS (Agence Régionale de Santé) qui peut inspecter, mais elle subventionne aussi les ehpad…

ACCUEIL DE JOUR
Ce sont des structures qui accueillent les malades la journée, de 9h à 17h pour 48 € repas compris. Certains ehpad en ont. J'avais choisis un accueil où peu de malades étaient acceptés, car mon père n'aimait pas les grands groupes. Mais aussi parce que cet accueil faisait partie d'un ehpad. J'ai pensé que ce pouvait être une zone de transition, qu'ils pouvaient déjà 'apprendre' à connaître mon père. Que nenni, pas de suivi pas de dossier pas de note, rien. Mon père a fait son entrée à l'ehpad de cet accueil comme un étranger, ils ne savaient rien de lui, absolument rien. Oups, si, si, ils connaissaient son RIB...

AIDE A DOMICILE
Les organismes d'aides à domicile permettent à votre proche de ne pas être employeur. Le problème est que vous ne signez pas avec les aides, mais avec l'organisme, c'est lui l'employeur. Il va donc vous envoyer n'importe qui avec un turnover (grand pourcentage d'absentéisme) 'nocif' pour le malade car il a besoin d'habitudes, de régularité, pour ne pas être perturbé. Pour ces malades, perturbé = angoissé et/ou agressif. Et personnel que vous n'avez pas choisi. L'organisme vous facturera de 21 à 24 € de l'heure, la moitié (6 000 € max / an) est récupérable sur les impôts du malade. Ces aides, au meilleur des cas AVS (Assistante de Vie Sociale), ont une compétence suffisante pour aider une personne qui a toute sa tête, mais rarement suffisante pour accompagner une personne atteinte d'Alzheimer et apparentés quand les troubles du comportement apparaissent. Mieux vaut s'adresser à des aides en freelance, certes votre proche sera employeur, mais vous choisirez votre personnel et pour le même prix, en comptant les charges, vous aurez du personnel plus qualifié, AMP par exemple (Aide Médico-Psychologique), et fiable, car s'il ne vient pas il ne sera pas rémunéré. 'Même prix' car l'organisme se prend une grosse commission : vous payez 21 à 24 € de l'heure mais le salarié n'aura en fait que 10 € max de l'heure. Idem, la moitié (6 000 € max / an) est récupérable sur les impôts du malade. Passez par le CESU pour les papiers. Pour trouver des AMP, c'est passer une annonce sur le site d'un institut de formation d'AMP du secteur qui a été le plus productif.

Si votre proche (ou ses enfants) a les moyens financiers, n'hésitez pas à faire appel à ces AMP pour visiter votre proche en ehpad, quotidiennement les premières semaines, car il sera dans une grande solitude. Ils ont besoin de communiquer (à leur niveau), de ne pas se sentir abandonnés. Ce peut être en complément de vos visites. Ces AMP peuvent aussi vous faire un compte rendu de son état psy et de ce qu'elles voient dans l'unité...

APA
Allocation Personnalisée d'Autonomie, c'est une aide financière délivrée par le Conseil Général. Vous êtes obligé de passer par l'assistante sociale du secteur de votre proche pour faire le dossier. Elle sera calculée suivant les revenus de votre proche, de son GIR (qui détermine son niveau de dépendance), et de ses besoins. Ce n'est pas une grande somme, mais ce peut-être beaucoup pour certains.

CALCUL DU GIR
Les malades sont classés par GIR (Groupe Iso Ressource), il va de 1 à 6, 1 étant la dépendance la plus lourde, mais il va de 2 en 2 pour la facturation dans les ehpad. Entre le GIR 3-4 et le GIR 1-2 le tarif est majoré d'au moins 300 € par mois. L'ehpad essayera de vous faire signer le contrat avec le tarif le plus élevé. Votre calcul peut servir à démontrer à l'ehpad qu'il se trompe, si c'est le cas. Ça l'a été pour mon père, évidemment.

MAISON DES AIDANTS
Dans certaines villes il existe 'la maison des aidants'. Dans cette structure il existe une 'halte répit' où vous pouvez laisser votre proche l'après-midi de 14h30 à 18h pour 20 €. Il existe aussi, au sein de cette structure, un psychologue que l'aidant peut consulter gratuitement, très utile dans les moments difficiles.
Liste des maisons des aidants dans "Je choisis un annuaire" cliquez sur 'Plateforme d'accompagnement et de répit (PFR)', n'oubliez pas de saisir la localisation. Puis cliquez sur 'Rechercher'.

PEDICURE
Sa mutuelle peut rembourser ces frais, même s'il n'a pas de diabète. Renseignez-vous auprès de celle-ci. Si c'est le cas, il suffit de demander une ordonnance à son médecin traitant, elle permettra le remboursement de la sécu (proche d'1 €), ce qui déclenchera la mutuelle qui prendra le reste à sa charge.

PSYCHOLOGUE
Gratuit dans 'la maison des aidants'. La maladie étant longue vous risquez de vite fatiguer votre entourage à leur vider votre sac. Avec un psychologue vous pourrez le vider tout autant. Vous pouvez aussi écrire un blog...

REDUCTION D'IMPÔT
Le malade peut bénéficier de réduction d'impôt avec les factures de l'ehpad, de l'aide à domicile, de l'halte répit et de l'accueil de jour. Renseignez-vous.

Trucs et astuces

Par ordre alphabétique : chambre en ehpad, fugue, grenouillère, jogging, lunettes, montre, pant, permis de conduire, refus traitement, sécuridrap.

CHAMBRE EN EHPAD

Le médecin coordonnateur vous relancera plusieurs fois pour mettre des photos, si chères aux ehpad, mais en général les malades ne savent plus interpréter les photos, celles-ci sont trop 'plates', pas assez de contraste, par ailleurs ils ne sont plus trop physionomistes en 3d alors en 2d... Essayez plutôt d'agencer un petit salon, pièce indispensable pour faire 'maison', foyer, puisqu'il n'y en a pas ailleurs... Il ne s'en servira pas seul car ils n'aiment guère rester seuls dans leurs chambres, mais si vous le visitez souvent il en profitera bien, avec vous. Et puis vous, vous finirez par en avoir assez d'être dans le 'lieu de vie', parfois bruyant, parmi les tables et les chaises, assez les unes sur les autres, qui finiront par vous étouffer. Un petit divan pour 2 personnes, une petite table basse roulante (5€), un meuble TV (15€) et un lampadaire (7€) suffisent. Leboncoin est un moyen d'acheter vraiment pas cher, mobilier que vous pourrez revendre quand votre proche quittera l'ehpad. Très sincèrement cela vaut vraiment le coup, faites un coin 'salon, comme à la maison' et de façon à ce que vous vous dites 'C'est chouette' quand vous ouvrez la porte de sa chambre. Et si vous avez la chance de voir assis 'la vie' au travers de sa fenêtre, placez le divan en conséquence, il aimera regarder dehors, avec vous. Mettez aussi une télé sur une chaîne sportive ou musicale avec clips, ils ne comprennent plus les autres chaines généralistes.
Ceci dit, c'est en étant dans le 'lieu de vie' pendant 6 mois (je n'ai acheté le divan qu'au bout de 6 mois d'ehpad), que j'ai pu voir et entendre un certain nombre de choses...
Sur la photo ci-dessous à droite, sa TV n'était pas encore installée sur le meuble.


FUGUE
Téléphonez aux urgences de l'hôpital le plus proche du lieu de la perte ou fugue de votre proche. Il n'est pas rare que dans l'heure qui suit votre proche tombe en trébuchant sur un trottoir et qu'un passant fasse le 15 qui l'amènera aux urgences de l'hôpital le plus proche. Oubliez la police, elle ne fera pas grand chose, pour ne pas dire, rien. Écrivez le nom de votre proche et un n° de portable sur quelque chose qui ne peut enlever, une étiquette cousue quelque part par exemple. Les 'pertes' de malades lors d'une promenade arrivent, même encadrée par un accueil de jour, un moment d'inattention est vite arrivé.

GRENOUILLÈRE
Quand vient le moment des pants la nuit, c'est compliqué car la démence les rejette -> le malade les enlève pendant la nuit.
La solution, plutôt que de lutter pendant des semaines avec le malade, est de lui mettre une grenouillère, bien pratique et pour tout le monde. 
Elle a aussi le mérite de laisser le malade habillé, et correctement, car la nuit il peut vider l'armoire et vous faire un défilé très atypique….
Je n'ai malheureusement pas connu cette astuce au moment voulu et c'est bien dommage, car elle nous aurait, mon père et moi, épargné bien des batailles. Toutes sortes de grenouillères existent sur le net mais pour la maladie il faut absolument une ouverture dans le dos. Tissus extensible si vous trouvez, plus confortable à mon avis.

JOGGING
Quand les braguettes et les ceintures deviennent des obstacles trop compliqués et surtout trop longs à défaire pour aller aux toilettes à temps, mieux vaut utiliser les joggings (car avec un élastique à la taille). Sans élastique aux chevilles pour plus de facilité à l'enfilage. Très conseillé dès l'entrée dans une unité fermée, ehpad ou hôpital, où la quête des toilettes est de coutume.

LUNETTES
Collez une étiquette avec le nom de votre proche sur une branche de ses lunettes avant de le laissez seul quelque part sans vous, halte répit, accueil de jour, ehpad, hôpital, etc, car les malades ne savent plus reconnaître leurs lunettes et peuvent prendre celles d'un autre, ou les oublier ou les perdre. Elles peuvent disparaître plusieurs jours voire définitivement. Si vous refaites ses verres ne mettez pas un traitement antireflet, car les antireflets sont vraiment trop salissants pour un malade qui ne prend pas de gant pour toucher ses lunettes, et verres pas toujours nettoyés dans les ehpad. Par contre gardez un traitement anti-rayure, durci donc.

MONTRE
Dans les ehpad, tôt ou tard votre proche enlèvera sa montre, si elle est à aiguilles, et la mettra dans sa poche...qui finira dans la machine à laver de la lingerie. Si vous avez la chance de la retrouver et en état de marche, ne lui redonnez pas. Il y a de fortes chances qu'il l'ait enlevée car il ne sait plus lire l'heure avec des aiguilles. Si vous voulez malgré tout lui redonner, et qu'elle est étanche pour la douche, mettez lui un bracelet plastic ou silicone (pas de bracelet extensible) que vous attachez avec du fil épais et costaud en passant par les trous afin qu'il ne puisse plus l'enlever. Il existe aussi des montres toutes simples, suffisamment étanches pour la douche, digitales (pas à aiguilles), à gros chiffres, à régler sur 12 heures et non sur 24, elles seront dans les magasins de sport, difficile de trouver ailleurs. A Décathlon 8 €, 2 tailles, une pour homme, une pour femme. Attachez la avec un fil costaud. Il lira mieux qu'avec des aiguilles, heure qu'il ne comprend plus trop la plupart du temps sans s'en rendre compte, mais il aura pu la regarder et ne ressentira pas le manque. Il sera content (estime de soi) et il aura un objet quand il retrousse sa manche (il sera rassuré).

PANT
Un jour viendra l'obligation de lui mettre des pants (protections urinaire et fécale qui s'enfilent comme un slip), il existe différentes tailles et capacités d’absorption. Vous commencerez par lui en mettre que la nuit, pas parce qu'il devient incontinent urinaire mais parce qu'il ne trouve plus les toilettes à temps car il ne se repère plus dans l'espace même parfois chez lui. Il y a donc des 'accidents' un peu partout, rarement dans les draps. Ils perturbent le malade ainsi que sa nuit, et prennent le risque de le faire glisser sur ses flaques d'urine, et de tomber. Quand le moment viendra de lui en mettre un aussi le jour pour les mêmes raisons, il n'y aura aucun problème, il y sera déjà habitué. A l'hôpital ou à l'ehpad il ne trouvera pas les toilettes, donc mieux vaut lui en mettre dès son entrée, de jour comme de nuit, car mieux vaut porter un pant que personne ne voit plutôt que d'être humilié à se faire dessus car tout le monde l'a vu. Et lui-même finira par comprendre qu'il est bien plus serein avec. Il existe aussi des protections urinaires spécifiques aux hommes (genre protège slip épais) qui se collent devant au niveau du pénis. Très bien pour le jour à la maison, pour les petites fuites sur le chemin des toilettes.

PERMIS DE CONDUIRE
Nous percevons bien quand le malade n'est plus capable de conduire, le malade beaucoup moins, surtout si c'est un homme. Il sera tout à fait conscient de sa perte de capacité à, mais ne l'admettra jamais. Le retrait du permis officiel est compliqué, il s'effectue lors d'un jugement, au tribunal, ou sur la route pour conduite en état d'ivresse. Il serait cruel de lui confisquer ses clefs de voiture : destitution, humiliation, colère, infantilisation, rien ne sert de lui en rajouter. Contactez son assurance automobile. La maladie diagnostiquée, est-il toujours couvert par l'assurance ? Dans la négative, c'est LA solution. Puis essayer de revendre sa voiture si vous pouvez, pour ne pas l'inciter à. Mon père a fini par avoir peur de conduire, sans l'avouer, mais voulait toujours conduire, il voulait donc que je l'accompagne pour le rassurer. J'ai fini par lui dire que je venais avec lui que si je conduisais, s'il refusait il y allait seul. Il n'a plus conduit. Un an après il a voulu reconduire mais cette fois avec ma voiture, avec moi comme passager. Je ne l'ai pas contrarié, je lui ai donné mes clefs, je savais qu'il n'arriverait pas à mettre le contact. Il est descendu de lui-même de voiture après s'être assis 5 mn à la place du conducteur. Il n'en a plus jamais reparlé.

REFUS TRAITEMENT
Avant qu'il commence les neuroleptiques, il refusait de prendre ses cachets. C'était tout un cinéma et une longue négociation, grosse consommatrice d'énergie et de patience, denrées précieuses de l'aidant, sans nécessairement arriver à un résultat. Le problème a été résolu en faisant appel à un infirmier.

SECURIDRAP
Quand le malade déambule au moins une nuit sur 2, et qu'il tombe la nuit ou dort trop le jour, je suis pour le sécuridrap, l'hôpital aussi, l'ehpad est contre, évidement. En tous les cas, pour mon père il était fait pour lui.
C'est globalement un grand sac de couchage attaché à son lit, au niveau des pieds et de la tête, le malade dort dans ce sac et il ne peut en sortir seul. Mon père a mis 10 jours pour l'adopter, plusieurs semaines pour le pant, ce n'est donc pas une sinécure. Et avec un sécuridrap plus besoin de grenouillère, le pant suffit. Avec le sécuridrap il passait enfin de bonnes nuits.